Je te laisse partir maintenant

 

Comment se reconstruire?

Je te laisse partir maintenant. Laisse moi vivre ce que je ressens au plus profond de moi. Je te laisse partir pour de vrai cette fois-ci. Je ne veux plus me retenir toute seule parce que je crois que c'est toi qui me retiens. Je ne veux plus m'empêcher de comprendre qui je suis.

Je te laisse partir chère première étape de ma vie, cher premier cycle, chère première vibration de mon coeur et je pars vers cette deuxième étape grâce à toi qui me fais comprendre, qui as essayé tant de fois de me faire comprendre qu'il y a de la place pour autre chose aussi.

Comment se reconstruire après quelque chose? Comment arriver à une autre étape quand on sent que c'est la fin d'une précédente?

Ce quelque chose d'après qu'on n'identifie finalement pas toujours. Mais on le sent si fort. On sent que c'est le passage et qu'il faut y aller. C'est un élan si puissant qu'en y pensant on ne sait pas identifier les raisons.

On finit par en trouver quand même, car on en juge toujours quelques-unes qui pourront se justifier d'être la cause de ce départ.

Ce départ qui à maintes reprises a été un faux. Un faux qu'on n' a pas osé regarder en face. Un départ qui est resté sur le quai. Un départ qui a laissé les autres prendre nos valises et qui nous a laissé les mains vides de tout

A ne plus savoir à qui donner la main.

Puis attendre le prochain passage. C'est parfois si long d'attendre, de ne pas avoir choisi une destination inconnue, de ne pas s'être laissé aller où le coeur le ressentait si fort. Cette intuition incroyable qu'on tait toujours trop parce qu'on a peur, parce qu'on n'a pas confiance en soi. Alors que c'est un pouvoir de s'entendre dire la vérité de la manière la plus authentique, juste dans ce face-à-face. De s'entendre chuchoter que c'est un instant de départ au haut parleur de la vie. Mais non les valises sont restées et elles sont été prises par quelqu'un d'autre. 

Alors on attend une nouvelle fois et la vie défile. Et on apprend d'autres choses. On se laisse pousser par le vent et puis on tombe parfois à force de ne pas mettre les pieds en avant.

On accumule, on reste et c'est tout ce qu'on sait faire. On reste et on devient étrange. On ne se connait finalement jamais et c'est là à cet instant précis qu'on n'en peut plus, qu'on se sent perdu. On se sent vide. On touche ce qu'on ne savait pas faire, ce qu'on se laissait découvrir peut-être un peu la nuit quand on est seul dans sa tête.

Mais le faux départ a ce quelque chose de merveilleux et il ne faut pas se culpabiliser car c'est une étape nécessaire au vrai départ, à celui qui va ouvrir le ciel à nos bras. C'est à ce moment-là qu'on décide de se relever et d'aller plus haut, de monter cette fois-ci au dessus du train et de porter nos valises. C'est lourd oui c'est lourd et puis on les jette.

On se met au-dessus du train avec nos valises. On ne monte plus avec les autres. Il n'y a pas de place. On est tout seul là-haut et on se baisse pour passer sous le tunnel.

On se met les mains sur la tête pour tout ce qui va nous tomber peut-être dessus et puis en traversant le tunnel même en se protégeant, on attend le bout. On ferme les yeux en espérant qu'il y a un bout quand même. Les rails, le bruit, sont toujours là et ça roule oui ça continue pour recommencer autre chose. 

Accepter de se laisser bousculer un peu plus encore dans la vitesse, de ne pas se tenir finalement debout et alors. Et peut-être laisser tomber quelques valises, se délester.

On peut aussi se recroqueviller pour ne pas encore s'étendre et croire que tout est fini. Non se mettre en coquille, en foetus en tout ce que vous voudrez pour entendre son coeur un peu plus près de nous comme quand on est enfant et qu'on est assis dans un coin à pleurer alors que les autres jouent.

Pleurer quoi, pleurer ce qui fut, pleurer ce qui sera et pleurer ce qui peut enfin. On lâche et on se laisse couler dans son flot.

A ce moment-là, quand on a pleuré, on respire ensuite et on se redit alors en silence qu'on peut marcher tout seul et trouver. Trouver ce qui est pour nous.

Peut-être est-ce le nouveau qui se dévoile enfin devant nous, celui qui tapait en nous, qui nous disait il est temps.

On ose marcher sur le train, et on laisse à nouveau quelques valises. C'est trop lourd.

On se met aussi sûrement, à oser quelques pas de jeux, de danse, de petite fille qui tourne, qui rit, quelques élans vers le ciel et puis on saute du train.

On tombe ailleurs.

Ce renouveau, ce changement qui viennent, qui crient, qui nous brûlent à l'intérieur.

On est prêt à un nouvel accouchement. On est prêt à un nouveau monde.

On est seul. Et on pleure.

Toutes ces larmes de notre âme à son accouchement, à sa mise au monde sont là. Elles ont déjà coulé et puis je me suis dit qu'elles étaient les miennes et rien que les miennes.

Laisser enfin à mon être cette possibilité de s'élever et de continuer en acceptant qu'on peut se reconstruire à chaque fois, à chaque fois qu'il sera temps, à chaque fois que tu me diras stop.

On peut redire oui à autre chose, ou à ce qui est tout simplement. On peut toujours. Il suffit de comprendre qu'on est fait pour se reconstruire, qu'on est fait pour renaître et pas qu'une seule fois.

C'est juste la première qui est la chance de notre vie, toutes les autres renaissances sont celles de nos choix, de nos amours, de nos détresses, de nos ennuis, de nos envols.

Vivre son changement ce n'est pas le maîtriser c'est grandir encore et encore. Ne vous jugez pas, laisser les autres le faire à votre place mais vous il va falloir continuer ce changement. C'est essentiel. Cela fait partie de ton potentiel merveilleux et inatteignable.