Quitter une situation qui nous est chère

Quitter une situation qui nous est chère

Il arrive que l'on frissonne à certains moments de sa vie, qu'on aie le vertige et qu'on aie envie de pleurer. La tristesse n'a pas forcément de coupable. Elle arrive au corps de son être et elle dialogue avec nous pour nous ouvrir les yeux à ce qui doit partir. 

C'est le coeur en tristesse et en solitude que les petites morts de notre vie arrivent. Et c'est là que viennent les décisions les plus bouleversantes aux repères qu'on avait tellement l'habitude d'avoir. Ça vient bouleverser tous les moments inscrits au temps, tous les sourires par évidence, tous les projets qui se dessinaient.

Quitter une situation qui nous est chère est une décision douloureuse qui pourtant peut s'avérer nécessaire.
Il arrive que dans votre vie vous êtes tellement attachés au bonheur des autres et du cocon que vous créez dans votre famille que vous oubliez. Oui vous oubliez ce qui est.

Au fil du temps cela devient des situations qui nous sont essentielles, qui semblent répondre au profond équilibre de votre vie. L'amour se faufile entre les interstices du quotidien et des extraordinaires émotions que les enfants peuvent vous procurer.

Et puis un jour, il y a cette petite mort qui se fait sentir. Une odeur qu'on n' a pas l'habitude de sentir, une odeur qui laisse un goût étrange dans le coeur. On se dit que c'est un nuage. Que ce nuage est de passage, alors la situation qui nous est chère continue son installation et on s'invente des repères nouveaux, on vit très bien l'apparence quand on aime la personne avec qui on est , quand on voit ses enfants heureux, épanouis dans une maison où tout résonne dans leurs chants et leurs mouvements.
Et puis la petite mort vient cette fois-ci souffler au creux de mon cou. Cette fois-ci j'ai eu froid, je ne vous le cache pas. J'ai eu le sentiment que cette parole évanescente avait certainement dû côtoyer avec les inconnus de ceux qui me regardent vivre de je ne sais où.
J'ai eu froid et j'ai fini par me mettre des foulards autour du cou. J'avais toujours froid et j'en ai perdu ma voix. Oui j'en ai perdu ma voix jusqu'à finalement comprendre que j'avais perdu ma voie, mon chemin.
Alors vous savez quand on se couvre le cou de peur que cette petite mort revienne vous souffler dans le cou, on commence à partir, à s'évanouir au fond de soi. On commence à réunir ses mains vers son coeur et à éprouver le besoin d'entendre ce que cette petite mort veut nous dire.
Je n'ai pas tout compris tout de suite car une situation chère est remplie d'amour. On s'aime au travers de l'amour que l'on porte aux autres. Et ça nous va si bien les situations chères.

Et si ce souffle venait me dire que l'amour revient à mon souvenir car je l'ai perdu pour les autres.

Mon coeur a toujours aimé profondément les êtres auprès de moi. Que ce soit enfants ou compagnon, la place à l'amour existe au plus profond de l'âme. Mais il y a cette fois où j'en ai eu assez de porter des foulards où j'en ai eu marre de ne pas parler, où j'ai dit à la petite mort qu'as-tu à me dire finalement.

Et c'est là que j'ai pris conscience qu'il fallait partir. Qu'il fallait tout simplement revenir à ce qui est. Et qu'est-ce que le verbe être.
Alors j'ai quitté une situation qui m'est chère et encore aujourd'hui le vertige me prend car quand on meurt de petites morts, il faut apprendre à renaître. Et quand on accouche au monde, il n'y a que votre souffle qui vous tiendra en vie coûte que coûte. 
Quand on quitte une situation chère à son coeur, on ne quitte pas des personnes pour ne plus les aimer car l'amour dans mon coeur a son existence; cependant on quitte son être au travers de cet environnement qui n'est plus le vôtre. 

Pouvoir regarder son intériorité et se dire qu'il y a avait besoin de laisser mourir tant de choses, tant de brûlures au corps et au coeur.

Ces sensations de ne plus pouvoir revenir en arrière, ces sentiments de ne plus rien tenir, posséder et se retrouver démunie de tout. Alors je décide d'accueillir ces petites morts , je ne demande pas à ce qu'on les comprenne car les petites morts ne tuent pas les autres. Oui elles peuvent faire souffrir d'autres personnes, elles  touchent la vie de celui qui sent l'odeur et le souffle de la petite mort, mais aussi la vie de ceux qui font partie de ces situations chères.
Alors c'est à ce moment-là que vous vous sentirez seul, infiniment seule car peu de personnes comprendront votre décision. On y cherchera toutes les explications possibles, toutes les raisons possibles. On vous verra comme une égoïste, une irresponsable. On ne vous reconnaîtra plus. On ne vous comprendra plus. 
Pour peu que vous renaissiez dans une autre forme d'amour et là c'est le tremblement de toutes les âmes autour de vous qui font partie de ces situations chères qui vous font frémir et douter de tout. Et si je devais préserver tout le monde en même temps que ces petites morts. Je n'ai pas su faire, je n'ai pas su m'y prendre. J'ai glissé et je me suis laissé aller pour une fois.

C'est là que je parlerai du pouvoir des petites morts sur son chemin. Elles sont incontrôlables, incalculables, imprévisibles. Elles viennent à vous et vous n'avez plus aucun pouvoir.

Vous pouvez revenir en arrière et vous dire que ce n'est que passage. Pourtant non ce n'est pas possible on ne revient pas d'une petite mort comme d'un voyage ou d'une erreur de discernement.
Les petites morts ça touche votre âme, votre coeur, votre être, votre inconnu que la vie vous envoie pour continuer.
Les petites morts ça fait peur, ça remue, ça tue. 
Vous ne devenez pas indifférent aux autres, ce n'est pas une question de ne plus aimer ses proches, ses enfants, sa famille.
C'est un morceau de votre vie qui meurt, qui vient s'enterrer pour germer autrement. C'est une nouvelle compréhension de sa vie qui probablement a manqué un virage dans le chemin, ou frôlé un caillou alors qu'il fallait peut-être tomber. Une erreur de direction envoyée par les petites morts.

 

Alors je voudrais dire pardon à ceux qui n'ont pas compris. Parce que le pardon en amour ça vaut la peine d'être dit et d'être vécu. 
Alors je voudrais pleurer encore mes situations chères auxquelles je dis au revoir.
Et puis je voudrais dire aussi que j'aime cette nouvelle lumière qui va venir caresser la terre où j'ai enterré mes petites morts.
Et puis là il y a juste le silence, la voix du ciel, le souffle des arbres, le coeur de mes enfants, l'âme de mon amour.
Je reste et j'attends.
Je pourrais me battre, attendre de l'affection encore de tous ceux à qui j'ai fait du mal.
Mais ça ne marche pas comme ça car mes petites morts sont venues en moi et je ne peux rien y faire, juste dire encore que quelque part partir, me séparer d'une situation chère c'est simplement dire au revoir.
Mon bleu des yeux sera plus clair, mes cheveux blonds prendront plus de lumière peut-être. 

En fait je n'en sais rien. Je sens juste au fond de moi que je meurs en douceur pour renaître.Personne n'est coupable, personne n'est responsable.

Les petites morts ce n'est pas la mort absolue celle où on disparait de la terre. Ce sont des petites morts que je qualifierai alors de petites vies qui viennent vous parler pour vous montrer la vôtre.
C'est la vie, c'est l'amour, c'est moi.